Puissance intérieure et leadership serein
Tout part d'une conviction, née de l'expérience de Viviane Amar, coach de nombreuses femmes dirigeantes. Nous sommes à un tournant de l'histoire des femmes en entreprises - bien qu'elles constituent 46% de la population active, leur position reste encore très ambiguë - appréciation des qualités dites féminines comme clefs du succès mais raréfaction dans les hautes sphères.
Il s'agissait donc de penser un cursus qui les appuierait dans le développement de leur leadership, non pas tant pour qu'elles se fondent dans le moule du pouvoir, mais pour qu'elles trouvent un style qui leur ressemble. « Elles ont un potentiel particulier qu'elles avaient laissé dormir : un potentiel d'intuition et de puissance intérieure qu'un processus de construction de soi, d'identité sociale et professionnelle pouvait libérer et consolider. Ce n'est qu'ainsi qu'elles trouveront leur juste place. », dit Viviane.
Ce premier angle d'approche autour de l'intériorité du potentiel et d'un style de leadership autre que le pouvoir, est particulièrement intéressant. Il a induit toute l'orientation du séminaire construit autour d'un travail sur soi en profondeur touchant à l'unité de la personne.
La centralité du travail sur soi permet la relation à l'autre
L'enjeu ? L'enclenchement d'un cercle vertueux qui autorise un leadership plus serein par la combinaison d'éléments clefs :
Une assertivité confiante par la conscience à la fois de ce qui nous éloigne et nous rapproche, de nous-mêmes et donc de l'autre ;
La maturité émotionnelle par la distance qu'elle permet avec les problèmes non résolus de son histoire qui se répercutent dans sa vie managériale ;
La justesse. du mot, du geste, de l'action, du regard sur soi et sur l'autre : elle permet d'éviter les pièges des stéréotypes réducteurs ou d'entrer dans des impasses relationnelles, pour trouver sa juste place.
Le leadership étant considéré comme le résultat d'un processus de maturation intérieure qui trouvera naturellement et sans effort son efficacité extérieure, le travail sur soi devient donc central. C'est pourquoi Viviane a choisi de proposer un « cheminement personnel à travers notre histoire et notre culture, les grands styles de management et les motivations universelles. La découverte de ce qui nous fait mêmes et uniques nous donne la capacité de rencontrer les autres et ultimement de les conduire ».
Travailler sur soi, c'est d'abord se définir soi en tant que personne, femme et leader ; car il est nécessaire d'apprendre à se détacher du regard des autres pour développer le sien, en propre. C'est comprendre les grandes dynamiques motivationnelles et identifier les siennes en miroir, celles qui nous portent ou nous bloquent. Quant au travail d'ancrage dans ses valeurs, il ouvre à l'intelligence émotionnelle.
Nous avons donc dû accepter d'entrer dans un processus très engageant, mais essentiel, car c'est la construction du socle identitaire qui permet d'améliorer son ouverture à l'autre et sa relation à la différence. L'autre n'est plus l'étranger, avec toutes les potentialités de conflits que cette notion peut véhiculer. La rencontre peut alors donner son plein potentiel. Fazila le reconnaît, qui n'avait pas envie de renoncer à sa(ses) différence(s) (femme, d'origine algérienne et dirigeante). Mais, elle avoue qu'elle la revendiquait trop, au point de l'annihiler. « Il s'agit plutôt de savoir comment s'engager, en arrivant à rester différent, dans une bagarre qui se fait sur d'autres valeurs. Or, j'étais dans un mimétisme total, car je ne ressentais pas cette différence comme une richesse. Aujourd'hui je la vends parfaitement. C'est même ma plus-value. » Cette prise de conscience lucide et sans vindicte « nous permet d'agir en conscience, de mieux réagir» renchérit Tina.
L'unité psychologique et physique, élément clef du leadership
Mais pour que le travail sur soi favorise une plus grande maturité émotionnelle, la personne doit être considérée dans la globalité de sa vie (passé, présent et futur) et dans son unité psychologique et physique.
La femme d'aujourd'hui est l'héritière de la femme d'hier. Nous sommes des êtres culturels. Pour toutes, quoi que à des degrés divers, le poids du passé, l'influence de la construction sociale, la trace de l'éducation sont encore vifs, et se manifestent particulièrement dans les crises.
L'échantillon des participantes est particulièrement représentatif... Tina est irano-américano-française travaillant dans un groupe anglais ; Gertie, belge, dans un groupe finan-cier très masculin ; MariCarmen, d'origine chilienne dans un groupe hôtelier américain ; Ke Wen, bicul-turelle franco-chinoise ; Fazila, française, d'origine algérienne ; Viviane, canadienne d'origine marocaine et moi-même, française d'origine, mais très influencée par l'Asie.. L'expé-rience de chacune ne pouvait qu'entrer en résonance avec la sienne.
Il n'y a pas non plus une femme managériale différente de la femme privée. « Il est important de prendre conscience de cette unité de l'être » nous dit Fazila, représentative d'une certaine femme moderne.
Non seulement femme, épouse et mère, elle est aussi élue (chargée du déve-loppement économique d'une ville d'Ile-de-France), professeur à l'Université de Versailles et conseil en développement industriel sur l'Algérie. « J'avais le désir d'être à 100% dans chaque rôle. J'étais donc bien évidemment très peu disponible dans ma tête, tiraillée. Je me suis donc dit que si je ne travaillais pas différemment, j'allais exploser. »
Sentiment, qui n'est certes pas l'apanage des femmes avec l'évolution de la société, mais qui revient souvent dans les témoignages féminins, relevé d'un zest de perfectionnisme. Tina renchérit « nous sommes peut-être un peu naïves de tout vouloir », mais le ton employé faisait plutôt penser à la certitude de ne pas l'être, mais consciente des prix à payer.
La vie en entreprise, enfin, conduit à négliger le corps, surcharge la tête et sur-sollicite le cerveau gauche. Par les rythmes qu'elle impose, elle ne facilite pas la prise de recul et n'autorise aucun temps de respiration, pourtant vital ; une autre source de tiraillement. Le travail sur soi ne pouvait donc s'envisager sans une réconciliation de l'esprit, du corps et du souffle. Des pauses ont ainsi été aménagées avec des exercices de yoga, car Viviane a réintégré cette pratique dans l'exercice de son métier. « La sérénité s'acquiert par un travail sur son intelligence émotionnelle et par une meilleure disponibilité de son cerveau droit. Le travail fait en yoga sur le souffle et la visualisation permet une distance salutaire dans l'exercice du leadership ».
Ces temps privilégiés sont loin d'être anecdotiques ; indispensables même, malgré tous nos efforts pour en nier l'efficacité. Les réactions variées de l'assistance traduisent d'ailleurs l'éventail de la réceptivité. Gertie se sent loin de ces pratiques, mais joue le jeu. Fazila se demande si « ce n'est pas une perte de temps ». Ke Wen, maître de Qi Gong sait combien c'est important et nous en demande encore plus.
C'est sur ces bases-là et grâce à la profondeur du travail mené (et à son efficacité surprenante) que nous avons pu passer à l'étape suivante : la dimension stratégique ou comment passer de la puissance intérieure et de l'ancrage, renforcé par la sérénité, à une conduite organisationnelle et culturelle du changement. Nous avons donc terminé sur des démarches et outils classiques de conduite du changement, qui ont replacé ces trois jours dans une perspective plus globale, avec ce mot essentiel qui flottait dans l'atmosphère : la justesse.